Jargon fumeux : pourquoi les entreprises s’expriment-elles comme elles le font ?

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Un article assez drôle publié en février 2020 aux Etats-Unis se moquait gentiment du langage jargonneux et ridicule de bon nombre de professionnels, particulièrement dans l’univers des start-up. Certes, c’était « avant » le Covid… mais c’est un sujet toujours et encore plus d’actualité. Car la période que nous vivons nous impose une exigence de limpidité dans nos messages.

La journaliste américaine émet quelques hypothèses intéressantes sur le pourquoi du comment de l’usage du jargon en entreprise. L’utilisation d’un jargon fumeux remplaçant un terme simple et court, serait une façon de remplir le vide, d’occuper le temps. Mais aussi d’imposer une sorte de mysticisme communautaire. On « en est »… ou pas.

De l’ère industrielle au New Age

Le jargon fumeux a évolué avec le siècle : dans les années 1910, il empruntait le vocabulaire de l’industrie (production ; capacité ; résultat…) ; dans les années 80, le vocabulaire de la finance (valeur ajoutée, parties prenantes, effet de levier…) ; dans les années 90, la terminologie guerrière (on tuait un business, on gagnait une bataille, on inventait un produit révolutionnaire, on scrutait un marché au radar). Nous en sommes aujourd’hui à l’ère du New Age (on engage ses publics, on fournit du bonheur, on développe le potentiel humain, on est alignés, on se partage un dossier ou une idée…). Et demain ? Demain nous appartient. Plus précisément, il nous appartient de transformer nos habitudes et nos tics de langage. Ce n’est pas le plus simple car cela suppose de faire un (gros) effort.

Les jolies fonctions de « client success manager » ou de « happyness officer » (que, vous aurez remarqué, l’on n’a pas cherché à traduire en français), supplantent aussi des notions considérées peut-être par les nouveaux entrants comme moins nobles. Etre préposé au service réclamations pour répondre toute la journée aux récriminations de clients mécontents, c’est moins glamour qu’être responsable de l’expérience client. De même, pour avoir un peu d’aplomb en sortant tout frais émoulu d’école, parler d’onboarding plutôt que de processus d’intégration dans l’entreprise, ça en jette.

Le langage-déchet ?

Une autrice américaine, Anna Wiener, décrit ce langage comme le garbage language, qu’on pourrait traduire par langage-déchet : on en produit sans arrêt au quotidien, c’est moche et ça sent mauvais, mais on n’y pense pas, sauf lorsqu’on en parle en affirmant qu’il faut lutter contre ce fléau. Malheureusement, a contrario des déchets, qu’on peut emballer et contenir, le langage-déchet influence notre façon de penser et d’être, particulièrement dans notre environnement professionnel. Et le vocabulaire s’insinue en nous comme un refrain du tube de l’été…

L’utilisation persistante d’un langage-déchet serait aussi peut-être une conséquence du fliquage grandissant dans lequel nous nous trouvons. Dans une société où tout se sait, mieux vaut utiliser un vocable assez creux, auquel on peut donner le sens qui nous arrange, le moment venu. On est loin des grandes incantations prônant l’authentique, la transparence, l’engagement citoyen, la raison d’être…

Alors que faire, hormis constater cet état de fait et en rire ?

Sans doute ne pas céder à la tentation de se fondre dans la masse. Et faire œuvre de salubrité publique en s’efforçant de s’exprimer normalement : avec le moins de jargon, de néologismes et de barbarismes possibles. Pas si simple. On essaye ?

 

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