SOYONS CLAIRS – entretien avec Laurent Romary

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Définir une norme internationale pour le langage clair : c’est l’un des chantiers du Comité technique 37 de l’ISO « langage et terminologie », présidé par Laurent Romary. Cet infatigable curieux, mi-linguiste, mi-informaticien, directeur de recherche à l’Inria, a découvert le langage clair en 2019. Il souhaite que la norme soit finalisée le plus rapidement possible. Et c’est plutôt bien parti. En effet, les pays membres de l’ISO sont mobilisés sur le sujet. Plus de 50 pays ont délégué des experts pour participer au groupe de travail dédié à cette norme.

Sur quels types de normes le Comité Technique « langage et terminologie » travaille-t-il ?

Les thèmes abordés sont souvent pointus, mais l’impact peut être très visible. Le Comité a par exemple travaillé sur la codification des langues, avec la norme 639. Cette norme est aujourd’hui utilisée par les éditeurs quand ils travaillent à l’adaptation d’un logiciel ou d’une application. C’est par exemple grâce à la norme 639 que le menu de votre navigateur internet s’affiche dans votre langue. L’ISO travaille aussi sur des normes pour les traductions, l’archivage des documents et des données.

Pourquoi votre Comité a-t-il décidé de créer une norme internationale pour le langage clair ?

Tout a commencé en juin 2019, à Ottawa, au Canada. Christopher Balmford, l’un des pionniers du langage clair est venu faire une présentation aux membres du Comité Technique. Son propos était en phase avec les valeurs de l’ISO. Le sujet était cohérent au regard de nos thématiques. Bref, il nous a convaincus et nous avons très vite décidé de monter un groupe de travail. Les pays membres ont validé l’idée, de nombreux pays ont même trouvé des experts pour participer aux travaux. Les associations internationales d’experts du langage clair – PLAIN, Clarity et Center for Plain Language – ont également joué le jeu et apporté des forces vives au groupe de travail. La dynamique était là.

« La banalité du langage clair est passionnante ! »

Concrètement, que pouvez-vous dire sur le contenu de la norme ?

La première version de la norme a déjà été rédigée, elle passera prochainement en lecture pour validation par le Comité Technique. Généralement, cette étape prend plus de temps, ce n’est pas forcément évident de mettre tous les experts d’accord, il peut y avoir des enjeux stratégiques ou commerciaux bloquants. Au sein de ce groupe, tout a été fluide, le compromis a été rapide.

Ce qui m’a marqué dans la première version du texte, c’est son apparente banalité. Bien identifier le lecteur, bien structurer le texte, éviter les mots inutilement compliqués, c’est le Ba-BA, on devrait tous le faire. Mais c’est justement cette banalité qui est passionnante, car elle nécessite une véritable « hygiène de rédaction », souvent complexe à tenir. Les textes des normes ISO en sont le meilleur exemple : elles sont rarement écrites en langage clair !

Le contenu sera-t-il le même pour tous les pays ?

L’idée est que la norme puisse être appliquée dans le maximum de langues possibles. À quelques exceptions près, cela ne devrait pas être difficile. Les règles concernant la structure d’un texte ou la nécessité de rédiger des phrases courtes sont les mêmes pour le français, le norvégien, l’américain ou l’italien…  Pour certaines langues, les experts du groupe de travail ont vérifié sur le terrain que la norme était applicable. L’expert sud-africain de PLAIN est ainsi allé à la rencontre des communautés zoulous pour s’assurer que les principes de la norme fonctionnaient bien.

Bien sûr, certaines langues ont des spécificités qui nécessitent des adaptations. Je pense au japonais où l’usage des pronoms est beaucoup moins fréquent que dans nos langues indo-européennes. Plus proche de nous, l’espagnol utilise très fréquemment la voix passive. Généralement, le langage clair préconise d’éviter la forme passive… cela ne sera peut-être pas le cas pour l’espagnol ! Mais, au final, les variations sont plutôt à la marge.

Quelle sera l’utilité de la future norme ISO 24495 ?

Cette norme est d’abord au service de l’humain. Dans un monde chaque jour plus complexe, les citoyens ont droit à une information claire, dans le domaine de la santé, du droit, de la finance. J’espère que cette norme incitera les administrations et les entreprises à simplifier leur communication, pour être compris des citoyens.

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